Mes sources

Martin Hoegger

Mes sources

 

 Comment est-ce que je me ressource ? En quels lieux, à quels temps, à quels rythmes ? Ces questions, les membres de la Communauté des Eglises dans le canton de Vaud se les sont posées lors de leur retraite annuelle.

Des sources pour chercher Dieu, j’en ai plusieurs. A certaines, j’y retourne régulièrement, à d’autres plus ou moins souvent. Il n’est pas aisé de les décrire en une page. Mais je vais m’y essayer, en parlant de quatre sources : la prière, la parole, l’eucharistie, la fraternité.

La prière

Dans le rythme des jours et des semaines, je commence par le recueillement matinal : un court moment vécu autour de la table du petit déjeuner au moyen de la « Petite Liturgie quotidienne » de la Communauté de Pomeyrol, à laquelle je suis relié. Pomeyrol est une communauté protestante fondée à la même époque que Taizé et j’y donne chaque année une retraite. Un regard vers Dieu, qui nous donne le pain, le sel et l’huile. Je me suis endormi, je me suis réveillé : Dieu est là, ma vie est entre ses mains. Chaque nuit et chaque réveil sont comme une petite mort et une petite résurrection…en attendant la grande ! Ce moment nous permet aussi de confier la journée, les rencontres, les personnes, les situations que nous allons vivre. La « Petite Liturgie » se termine par un acte de consécration par lequel nous nous offrons au Christ et à suivre ses inspirations.

Souvent, durant la nuit, je me lève pour dire la prière de Jésus. J’ai découvert la force du nom de Jésus (« Le Seigneur sauve ») dans un monastère orthodoxe, il y a 10 ans. Dès lors, cette prière est entrée dans mon cœur, sans plus me quitter. Je la dis en méditant sur les étapes de la vie de Jésus dans l’Evangile, de l’Annonciation jusqu’à Pentecôte (ce que la tradition catholique appelle « les mystères du Rosaire »). Durant certains temps de la journée, cette prière m’habite également.

La Parole

J’ai découvert la Lectio divina il y a plus de vingt ans et je la pratique plusieurs fois par semaine. Lire, méditer et prier un texte biblique me fait souvent rencontrer le Verbe. L’Ecriture devient une source jaillissante de vie si on la lit avec recueillement et élan vers le Christ. Je la lis de cette manière seul, souvent en m’aidant d’un texte d’un Père (ou d’une Mère) de l’Eglise. Chaque jour, je reçois en effet un texte biblique avec un commentaire patristique grâce à  « L’Evangile au quotidien », diffusé par internet. Mais je pratique aussi la lectio divina avec d’autres personnes, à commencer par mon épouse. Au fil des ans, ces moments de lecture commune de la Parole, de silence devant elle, de partage de notre vie à sa lumière et de prière nourrie par ses mots sont devenus le noyau spirituel de notre vie de couple.

La lectio divina, je la vis aussi dans un groupe et dans des retraites que j’anime (ou auxquels je participe). Je constate que son fruit est à chaque fois le même : une joie et une paix unit nos cœurs et nos pensées. A travers elle, nous faisons  cette expérience de la « Visite du Verbe » dont parle Bernard de Clairvaux.

L’eucharistie

Comme accompagnateur spirituel de la Communauté des diaconesses de Saint Loup, j’ai découvert la grâce de la communion fréquente. En effet, la sainte cène y est célébrée tous les jeudis et dimanches, ce qui n’est pas habituel dans le protestantisme. De plus, à certaines occasions, comme lors d’une retraite, c’est chaque jour que je reçois le sacrement de l’unité. Sacrement de l’unité, car la communion au corps et au sang du Christ m’unit à lui, aux autres et unifie ma personne. « Source et sommet » de la vie de l’Eglise, comme le dit la théologie…et de la mienne, la cène conjuguée avec la prédication de la Parole de Dieu, est nourriture, ainsi qu’un appel à vivre ce qu’elle annonce : devenir ouvrier de pardon et de paix en recevant ces deux réalités du Christ.

Monter à la cathédrale de Lausanne chaque premier dimanche du mois, pour une célébration œcuménique ou une célébration de la Parole préparée par une des nombreuses Eglises du canton, est devenu, au fil des ans, une autre source. Depuis 2004, j’ai participé à plus de 70 célébrations. Là je me tourne avec des chrétiens de toutes les Eglises vers le Christ. Je ne pourrais plus vivre ma vie spirituelle sans eux. En nous abreuvant à cette même source, nous faisons à chaque fois cette expérience très forte qu’il nous unit par sa Parole et son Esprit, au delà de tout ce que nous pourrions imaginer.

La fraternité

Chaque lundi, en début de soirée, je participe à un groupe de partage dans le cadre du mouvement des Focolari. Au fil des ans, une fraternité s’est forgée entre nous, qui sommes très différents les uns des autres (nous appartenons aux Eglises catholique, orthodoxe et réformée). Nous pouvons parler de notre vie, de nos joies et de nos difficultés à la lumière de l’Evangile. Rassemblés au nom du Christ, nous vérifions la vérité de ses paroles : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». La bienveillance réciproque appelle en effet sa présence parmi nous. Les récits de la résurrection dans l’Evangile montrent bien que le plus grand désir de Jésus est de nous rejoindre.

Alors chaque rencontre porte en elle la possibilité de devenir un cadeau où Dieu se donne à nous. Chaque sœur et chaque frère peuvent être le ciel en qui je Le rencontre. Et entre eux et moi jaillit une source de vie.

Comme j’ai le privilège d’être sept fois grand-père, les rencontres avec mes petits enfants sont aussi des instants de fraîcheur. De même que les promenades dans la nature et les « camps vacances » auxquels je participe chaque année. Ces temps de fraternité, simples et habités par l’Evangile me renouvellent. Sans doute, cela provient du fait que le Christ aime se mêler à la compagnie des hommes, des femmes et des enfants.

Martin Hoegger - 10 mai 2012