Charte

1. Préambule

L’Evangile se suffit à lui-même et se présente comme une initiative de Dieu. Celle-ci est apparue à l’intérieur d’une histoire et d’un temps particuliers. A chaque époque, depuis les origines et dans chaque nouveau contexte socioculturel de simples croyants, des prophètes ou des théologiens ont remis en évidence sa pertinence.

Nous faisons différents constats en Suisse (et en Occident), en ce début de XXIe siècle: Il nous semble arriver à la fin d’un temps, la fin d’un type de fonctionnement jusqu’ici bien rodé:

  • sur le plan politico-économique: les grandes démocraties semblent renier peu à peu leurs propres fondements au risque de devenir prédatrices et de s’autodétruire.
  • sur le plan du protestantisme: son identité et son apport spécifique semblent devenir de plus en plus problématiques dans le concert des institutions ecclésiales et des nouveaux mouvements religieux.
  • sur le plan des paroisses: leur témoignage ne trouve plus d’écho populaire; les communautés paroissiales se réduisent comme peau de chagrin.

La quête de sens, de profondeur, d’enracinement, de transcendance, d’appartenance, de salut ne s’en trouve pas pour autant diminuée. Au contraire.

Mais où et comment trouver son chemin sur le marché des offres spirituelles? Nous les initiateurs du réseau Expérience et Théologie, croyons que l’Esprit Saint est en train de susciter de nouvelles réponses; de manifester à nouveau la pertinence de l’Evangile dans ce contexte. A nous tous de les reconnaître, de les pratiquer, de les relier.

Sur l’arrière-fond de désespérance et de fatalisme («il n’y a plus de projet porteur ni rassembleur qui soutient la vie !»), d’un christianisme desséchant de service ou de management, et de mouvements mystiques désordonnés ou déconnectés, comment un Evangile incarné va-t-il se profiler?

Nous n’avons pas inventé la poudre, ni trouvé la solution, mais nous croyons que ce qui nous anime et nous réunit peut contribuer à cette réponse.

2. Notre perspective

En définissant nos perspectives, nous cherchons à mettre en réseau ceux qui peuvent s’y reconnaître et se relier avec nous, et qui veulent mettre en œuvre leur charisme dans ce contexte.

Quelques maîtres mots peuvent dessiner les contours de notre perspective:

Intégration. Par ce terme significatif de la psychologie jungienne, appliqué à l’intégration de la personne, on considère la personne dans son unicité, et son intégrité, visant à mettre en lien ses différents niveaux: les dimensions corporelle et émotionnelle, la volonté et l’intellect, le profane et le sacré, l’histoire personnelle et le présent.

Incarnation. Cet accent permet de développer une spiritualité «d’en bas», de s’enraciner dans une théologie de la croix plutôt que de la gloire. Il y intègre l’expérience de la faiblesse, de l’échec, de la rupture et de la mort. Les crucifixions que vivent les humains s’insèrent dans la croix du Christ; et nos issues lumineuses participent à sa résurrection.

Tradition. Il s’agit de «tirer un trésor des choses anciennes comme des nouvelles», de puiser dans nos propres ressources historiques spirituelles, y compris dans les trésors des langues bibliques qui permettent d’aborder les textes de façon libre et nouvelle; en particulier d’adapter pour aujourd’hui la spiritualité des Pères du désert et du monachisme ancien, de la lectio divina, de la méditation, de la contemplation, la dimension fertile du silence habité. Leur potentiel pour notre temps n’a pas encore été suffisamment reconnu et diffusé.

Engagement – militance: Il est connu qu’un enracinement mystique, une vie priante peut favoriser la militance, la capacité de résistance aux pouvoirs menaçants, la solidarité avec les pauvres, l’expression d’une espérance qui ne se laisse pas grignoter et abattre par la fatalité. Il ne s’agit pas pour nous d’être de tous les combats mais de leur faire place dans notre prière et dans certains engagements

Praxis. Nous cherchons,

  • à retrouver un rapport aux textes bibliques qui accueille leur pouvoir de transformer la réalité, d’opérer des changements réels.
  • à favoriser une approche concrète (plutôt que dogmatique) des problèmes; une manière de les aborder à partir de la réalité plutôt que des idées et des présupposés.

Primauté de la personne. La personne réelle et concrète dans sa dimension de mystère et d’unicité prime sur «tout ce qu’on peut dire sur l’humain». Elle représente un mystère à l’image du mystère de Dieu.

Foi en l’Eglise et ouverture «hors institution». Le Credo du symbole des apôtres reste central et pertinent pour nous: «Je crois la sainte Eglise universelle». Celle-ci est une réalité donnée de Dieu, en même temps qu’un instrument de son action thérapeutique et libératrice dans le monde. «La création attend en gémissant la révélation des filles et des fils de Dieu» (Rom 8.19). Cela oriente nos intérêts et nos actions. Désireux de contribuer à l’unité des croyants, nous souhaitons être enrichis par des apports d’autres confessions.

Par ailleurs, nous nous ouvrons simultanément à reconnaître l’action du Saint-Esprit hors de ces cadres institutionnels et même dans des mouvements qui n’ont pas de rapport apparent avec l’Evangile.

Avril 2003